"Le coureur" est une chanson sortie en 1997 comme quatrième extrait de son album En passant, distribué par Columbia/Sony Music. La chanson a été éditée par les éditions JRG, la maison de production de Goldman[1].
La chanson décrit le parcours d'un athlète africain découvert sur une plage, où il courait "pieds nus comme [ses] ancêtres". Recruté par un agent étranger ("Un type avec un chronomètre"), il quitte son village pour intégrer le monde professionnel du sport. Le récit souligne son déracinement ("J'suis arrivé dans le froid des villes") et la déshumanisation du milieu sportif : "On m'a touché, mesuré comme on fait d'un cheval", "On m'a mis un numéro sur le dos". La conclusion interroge sans jugement ce destin : "Etait-ce un mal, un bien ? C'est ainsi"[1].
Jean-Jacques Goldman s'est inspiré de coureurs est-africains comme l'Éthiopien Haile Gebrselassie, dont la victoire aux Championnats du Monde d'Athènes en 1997 l'a marqué. Il explique :
"Je regardais le sourire de Gebrselassie à la fin de la course. On se rend compte qu'il s'agit du sourire d'un type d'un autre monde, transposé violemment dans un univers de contrats, de caméras"
. Il évoque aussi les montagnards kenyans qui "couraient parce que, dans leur pays, pour aller à l'école, il y avait 20 km à parcourir"[1][2].
Le sport est un thème personnel pour Goldman, qui a travaillé sept ans dans un magasin Sport 2000 à Montrouge, cordant des raquettes et réglant des skis, même après ses premiers succès musicaux. Il confiait en 1994 :
"Il m'arrivait d'enregistrer l'émission Champs-Élysées, de me démaquiller dans la voiture et de reprendre ma place au magasin"
. Cette expérience et son observation des dérives mercantiles du sport professionnel ont nourri la chanson[2].
Lors du concert à Lorient le 19 avril 1998, la chanson a été ovationnée. Un spectateur raconte :
"Ce ne fut qu'une succession de bonheurs : [...] Le coureur, Encore un matin ! [...] On a passé plus de 2 heures à 3 mètres de lui, en transe presque !"
. Goldman y a aussi créé une connexion inattendue en enfilant le maillot de l'équipe locale de football[7].
Non, il adopte une posture d'observateur. Dans une interview, il précise :
"J'ai essayé de ne pas juger. Je constate juste cette situation étrange [...] Mais je ne sais pas si cet homme a eu de la chance ou pas. 'C'est ainsi'. Il a connu beaucoup de choses nouvelles, et a dû renoncer à d'autres"
. Il souligne le paradoxe entre la pureté originelle du sportif et son statut de "marchandise" dans l'industrie du spectacle[1].
Aucune reprise ou adaptation officielle n'est recensée à ce jour. La chanson reste étroitement associée à Goldman, bien que des versions live figurent sur plusieurs supports : la tournée En passant Tournée 1998 (K7 et CD) et l'Intégrale 1990-2000 (boîtier de 8 CD)[1].
Des journalistes ont noté des similitudes thématiques entre les deux chansons (dénonciation des dérives sociétales, structure narrative). Goldman répond :
"Peut-être est-ce l'emploi du 'je' pour deux victimes subissant une situation"
, tout en relativisant :
"Si nous avons un 'oncle' commun qui est Bob Dylan, ce n'est pas très net dans La Corrida"
[1].
La chanson reflète l'explosion médiatique du sport dans les années 1990. Goldman décrit le choc culturel des athlètes africains propulsés dans "l'enfer médiatique le plus sophistiqué, avec des caméras hyper sophistiquées [...] 3 milliards de personnes qui les regardent, des contrats, des chaussures Nike". Il y voit une métaphore du "décalage visible, violent" entre traditions et mondialisation[1][2].